Monsieur le Premier ministre,
L’ensemble de la filière audiovisuelle et cinématographique tient à vous faire de part de sa profonde stupéfaction et de sa consternation au regard de la nouvelle réduction de 30 M€ du budget de l’audiovisuel public, inscrite dans le cadre de la première partie du projet de loi de finances sur laquelle votre gouvernement va engager sa responsabilité conformément à l’article 49.3 de la Constitution.
Cette énième baisse, jamais évoquée dans le cadre du débat parlementaire, vient s’ajouter à celle déjà prévue de 71 M€ dans le cadre du projet de loi de finances initial et celle de 80 M€ adoptée en 2025.
Par amendement n°3666 déposé ce jour, le gouvernement vient d’affecter 15 M€ de cette réduction à France Télévisions.
Force est de constater qu’à ce jour, et une fois encore avec cet amendement, la quasi-totalité des efforts ont été concentrés par facilité sur France Télévisions, malgré les alertes formulées encore récemment par la Cour des Comptes, soulignant à juste titre la fragilité du modèle économique de France Télévisions et qualifiant la situation actuelle d’impasse.
Pour faire face à la réduction de sa dotation pour 2026 et revenir à l’équilibre dès cet exercice, le Conseil d’administration de France Télévisions a acté le 18 décembre dernier un vaste plan d’économies de 140 M€, qui frappe de plein fouet la création audiovisuelle et cinématographique avec une réduction 45 M€ des investissements sur un total de 520 M€. Il touche également les autres genres de programmes comme les magazines, jeux et divertissements déjà lourdement impactés à la rentrée de 2025 ou le sport avec la vente de neuf des quinze matchs du Tournoi des 6 Nations.
C’est une opération de dégradation méthodique de l’offre du groupe France Télévisions, un affaiblissement sans précédent de sa capacité à informer, éclairer et distraire tous les publics et une mise en cause de son rôle essentiel dans le débat démocratique.
Conjuguée aux difficultés économiques des éditeurs privés confrontés à une baisse de leurs recettes publicitaires, cette décision va entraîner la filière audiovisuelle et cinématographique, tous ses auteurs et salariés, dans une crise aussi inédite que profonde. Ces coupes répétées auront des conséquences concrètes : baisse de l’activité, fragilisation des entreprises, suppression d’emplois et précarisation accrue des professionnels du secteur. A terme, elles entraîneront mécaniquement une diminution des recettes fiscales et sociales et une augmentation des dépenses sociales, en contradiction avec l’objectif affiché de redressement des comptes publics.
Dans ce contexte, l’affectation ce jour de 15 M€ supplémentaires est bien trop importante. Nous souhaitons que ce montant soit revu drastiquement à la baisse et nous vous alertons, par ailleurs, sur toute éventualité en cours d’année d’envisager d’affecter la partie restante à France Télévisions.
Nous regrettons profondément que votre gouvernement ait fait le choix de contraindre financièrement, au-delà du raisonnable, l’audiovisuel public, en faisant porter sur les épaules de France Télévisions un fardeau trop lourd, déstabilisateur pour l’ensemble du secteur audiovisuel et cinématographique, et qui ne tient pas compte des équilibres au sein de l’audiovisuel public.
Dans un climat politique délétère et une hostilité politique sans précédent à l’encontre des médias de l’audiovisuel public, nous aurions espéré que votre gouvernement se pose en défenseur d’un pilier essentiel de la vie démocratique et ne le conduise pas à une impasse financière.
Nous vous prions de croire, Monsieur le Premier ministre, à l’expression de notre respectueuse considération.

