Les Auteurs Groupés de l'Animation Française

Compte-rendu de la soirée rencontre du 26 avril 2017

Déjantées, zozotantes, geignardes, aigües,  très graves,... Les voix dans l’animation empruntent un large répertoire. Mais qui se cache derrière ? Faute de pouvoir recruter directement leurs personnages à Toonville, les auteurs doivent faire appel à des comédiens en chair et en os. L’AGrAF a voulu lever le voile sur cette profession mal connue et, par ricochet, donner des clés aux dialoguistes.

 

 Le 26 avril 2017, l’AGrAF a organisé sa soirée-rencontre de printemps à la Maison des Auteurs de la SACD.

Animé par Jean-Luc François, réalisateur, cet événement a réuni quatre comédiens :

- Nathalie Homs, directrice de plateau et comédienne. Elle prête sa voix à de nombreux dessins animés, films et séries live.

- Jérémie Prévost, comédien d’animation qui double aussi bien de l’animation que du live. Il continue en parallèle sa carrière au théâtre.

- Martial Leminoux, directeur de plateau et comédien. Il a notamment travaillé sur Lastman.

- Jérôme Pauwels, comédien multi-voix et adaptateur.

 

Participation

49 personnes ont participé à cet événement dont une majorité de scénaristes.

Le jeu vidéo : un univers très formateur

Nathalie Homs et Martial Leminoux ont débuté leur carrière de voix dans le jeu vidéo. c'est un univers très formateur car les comédiens ignorent à qui ils s'adressent dans le cadre du jeu, quand ils n'ignorent pas carrément le contexte dans lequel est plongé le personnage auquel ils prêtent leur voix ! Ils doivent donc dépenser beaucoup d’énergie… Énergie qui leur est ensuite très précieuse quand il passent à l’animation, secteur où il faut par essence “en rajouter 30 à 40% par rapport à un doublage classique”.

Différentes manières d’enregistrer les voix

- Voix maquette : technique la plus répandue

Les voix maquettes sont réalisées par des personnes qui ne sont pas forcément comédiens. Elles sont utilisées à l’animatique. Elles servent de “voix témoins” aux animateurs pour les lips. Une fois que l’animation est faite, les “vrais” comédiens doublent le dessin animé. Cette technique est beaucoup utilisée lorsque le casting n’est pas encore définitif.

- Enregistrement direct des voix des comédiens : technique qui vient des US

Il arrive que ce soit le réalisateur lui-même qui fasse les voix témoins au départ. Mais l’avantage d’avoir des voix de comédiens est qu’elle permet aux animateurs de bien mieux travailler car ils bénéficient du talent de “vrais comédiens”, autrement dit d’un “vrai jeu”. Le comédien en revanche part de zéro (pas d’animatique). Il a devant lui soit le scénario, soit au “mieux” le scénario et le story board. Il lui est donc parfois difficile de mettre la bonne énergie. Il faut généralement plus de prises pour trouver le ton juste. En revanche, il a une plus grande liberté de ton.

 

Le rôle du détecteur

On détecte des voix maquette françaises pour faire une bande rythmo synchrone avec les bouches (lip sync ou synchronisation labiale) des personnages animés. Les comédiens jouent en lisant cette bande rythmo.  

L’adaptation

Si le dessin animé est étranger, il faut faire une traduction des dialogues puis une adaptation pour que les mots français se calent dans les lips des animations. Cela suppose un gros travail d’adaptation des dialogues pour garder le sens, l’humour,... Le tout en essayant de faire un dialogue français qui respecte les formes des bouches. Quand ce travail est bien fait, le travail du comédien est “royal” ! A défaut, “tout le monde souffre”. Pour compenser certaines longueurs de phrases, le comédien est parfois obligé d’ajouter des “dis-moi” ou “vraiment”, ce qui alourdit artificiellement le doublage.

 

Casting

On est loin des grandes équipes que l’on retrouve pour le tournage de films ou de séries. Petits budgets obligent, il n’est pas rare que certains comédiens fassent plusieurs voix. Il y a comme ailleurs des “virtuoses” avec des voix incontournables mais les directeurs de casting sont toujours à la recherche de nouvelles voix (surtout de jeunes et d’enfants).  

Du coup, les femmes prêtent souvent leur voix à des enfants car il est compliqué de travailler avec des mineurs. D’abord parce qu’il faut une autorisation de la DDASS qui peut être longue à obtenir. Ensuite parce que s’il s’agit d’une série, l’enfant grandit au fur et à mesure des saisons : sa voix et son rapport au film vont évoluer au fil du temps. En outre, il n’est pas soumis aux mêmes jours (mercredi et samedi) et heures de travail que les adultes donc il faut s’adapter à son rythme. Enfin parce que les petits ont du mal à se concentrer longtemps et leur motivation peut s’étioler. En revanche, le résultat avec des enfants peut être vraiment incroyable, comme dansle film Ma vie de courgette.

 

Dialogues

Les dialogues qui donnent du caractère aux personnages aident énormément les comédiens. Bonus : ne pas hésiter dans les scénarios à joindre aux dialogues des didascalies (note qui explique pour chaque personnage son débit, s’il zozote, ses tics de langage,...) car les comédiens sont souvent confrontés à une manière de parler identique. Plus c’est précis et plus le comédien peut ressentir le personnage qu’il incarne.

Conseils :

- lire ses dialogues à haute voix pour s’assurer qu’ils sont prononçables et qu’il n’y a pas de son difficile à sortir. C’est surtout vrai si le personnage zozote : dans ce cas, certains sons , certains mots ou enchaînement de mots sont impossibles à sortir !

- le ton et le phrasé du personnage peuvent évoluer au cours du temps et notamment de l’intrigue : il peut être fatigué à la fin et donc ne plus parler de la même façon qu’au début.

 

Différences entre le travail de voix sur un  film (ou série live) et l’animation 

- Plus de liberté dans l’animation, lorsque l’enregistrement est fait avec seulement le scénario ou le story board.

- Plus facile de rentrer dans la peau d’un personnage d’animation qui n’a pas déjà son univers. Cependant, le rythme du doubleur transposé sur un acteur ayant une personnalité très différente peut parfois donner des résultats très réussis, comme avec Bruce Willis.

- Il arrive parfois, même si cela reste rare, que le doublage “sauve” le film (comédiens ajoutent leur patte).

 

Questions avec la salle

-  A l’époque d’AB Production et du Club Dorothée, les doubleurs de Niky Larson et Ken le survivant prenaient des libertés incroyables avec la création originale. Est-ce encore possible aujourd'hui ?

Les chaînes ont verrouillé le langage et les traductions sont validées par le pays d’origine. Il n’est par exemple plus du tout envisageable de profiter du fait que le personnage soit de dos pour balancer une vanne ! Mais cela n’empêche pas de rester un métier où l’on se fait plaisir. Il y a juste un moule dans lequel il faut se couler. Seule exception : Netflix (cette plateforme sort des ovni mais qui sont destinés aux adultes).

- La tendance est au casting de stars. Est-ce pour des raisons uniquement marketing ?

La présence de stars est en effet un argument marketing. Elles contribuent à faire la promo du film et permettent de capter du public. Si ce sont des comédiens de “live ou de “prise de vue réelle”, il faut les aider à trouver le rythme mais ce n’est pas un problème. La situation est plus difficile quand le casting fait appel à des “stars” qui, faute de temps, baclent l’enregistrement”...

 

- Y a-t-il des modes dans le doublage ?

Aujourd’hui la tendance est de jouer beaucoup plus juste  (“moins timbré” !). Quelques années en arrière, la mode était aux accents (black, beur, jaune,...). On considère désormais que les accents sont segmentants or si c’est segmentant, ça prend moins bien.  

 

 

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